«
Coucou NFK, ça va? Ca fait longtemps que je n’ai pas eu de tes
nouvelles. Moi, ça va, je suis toujours à … et étudiante en … Je n’ai
pas encore de mari et j’espère que ça ne saurait tarder !!! »
Cette
dernière phrase qui clôt l’échange entre une amie d’enfance que j’ai
retrouvée sur Facebook et moi me laisse sans voix. LE MARIAGE !!! Toutes
les filles (ou presque) ne parlent plus que de ça, ne pensent plus qu’à
ça … Mais où va – t – on ???
Est – cette la course au « Al Khaïri » (mari) ? Ça m’en a tout l’air.
Pour
mieux cerner ce phénomène, que dis – je, cette course au mari qui fait
fureur chez bon nombre de mes congénères, remontons jusqu’à sa source.
Depuis
des générations lointaines, l’accomplissement de la vie d’une jeune
fille, sa consécration, a lieu le jour où elle s’unit à l’homme de sa
vie. Se marier, c’est le summum, la cerise sur le gâteau pour toutes les
filles.
Ne
voit-on pas dans beaucoup de familles sénégalaises des filles harcelées
dès leur plus jeune âge par leur nièce, tante ou grand-mère? Ça
commence quasiment dès le berceau, où il suffit que le cousin et
accessoirement compagnon de jeux s’approche d’un peu trop près pour
qu’elles commencent : « voila enfin ta femme idéale, fait le nécessaire
donc ! » et autres niaiseries du genre. J’emploie le terme « niaiseries »
à dessein, car je me dis qu’il ne sert à rien de forcer l’union entre
deux personnes. Si elle doit se faire, elle se fera. Inconsciemment, la
demoiselle va développer cette obsession qui va accompagner son
quotidien et ce jusqu’à l’aboutissement, jusqu’à ce qu’elle goûte enfin à
cette merveille dont on lui avait tant vanté les mérites.
En
fait, selon mon analyse, c’est un travail de fond qui s’opère, mais
malheureusement la jeune fille ne pourra s’en défaire sans cicatrices :
infidélités, grossesses précoces, problèmes en tout genre. Je m’arrête
là avant qu’on ne me taxe (encore) de féministe ! (Rires)
Ainsi
va se poursuivre sa vie d’adolescente avec cette idée fixe qu’elle ne
devra oublier sous aucun prétexte. D’ailleurs, il y aura toujours
quelqu’un de son entourage ou un événement (mariage d’une amie ou d’une
autre jeune fille de la famille) pour la rappeler à l’ordre si elle
venait à s’en détourner.
Le
mariage est le dénominateur commun de toutes les conversations
féminines qu’elle entendra et auxquelles elle participera. C’est un
thème indémodable qui est servi à toutes les sauces tant par les
cuisinières expertes que par les novices. Par exemple, une jeune fille
qui travaille recevra les compliments de son entourage qui lui
conseillera de profiter de son salaire pour préparer son trousseau de
(future) mariée, au lieu de l’investir dans des biens et autres (qui lui
accorderont une meilleure assise avant de s’engouffrer dans la gueule
du loup). Quant à celle qui n’a pas fait d’études et n’a aucune
qualification, elle s’entendra dire que la meilleure solution consiste à
trouver un (bon) mari, qui lui fera de beaux enfants, la mettra dans
une belle maison qui lui sera enviée de tous et la couvrira de biens
matériels. Quelle honte pfff !!!
Les
expressions telles que « celle qui n’est pas encore mariée » , « celle
qui ne veut pas se marier » (comme on m’appelle) , « celle qui va se
marier bientôt » , « celle qui a divorcé » ou encore « celle qui a
épousé un tel » sont comme des qualificatifs qui embellissent ou
enlaidissent les prénoms desdites jeunes femmes.
Ainsi,
celles qui auront trouvé chaussure à leur pied seront flattées,
enviées, épiées et les ragots iront bon train sur celles qui ne sont pas
encore casées : « elle se prend pour une blanche, celle-là», « elle a
une relation amoureuse avec un incube »… Pures sottises !!!
Le
célibat est comme un handicap, une maladie dont les remèdes se
multiplient pour guérir ses victimes. Toutes les mères s’acharnent sur
leurs filles, la pression se fait toujours plus forte, les phrases du
genre « il faut songer à te marier, tu t’approches de la trentaine », «
regarde Mademoiselle X, elle fait la fierté de sa famille » feront
fureur. Parents et filles vont se chamailler, se faire la tête et
s’accorder au sujet du mariage jusqu’à trouver un compromis qui apaise
(enfin) les esprits torturés.
Quelle
fille n’aimerait pas voir les yeux de ses parents pétiller de fierté
parce qu’elle a été demandée en mariage? Mais, à quel prix? Sacrifier sa
jeunesse, se vendre au plus offrant, pour des noces célébrées en grande
pompe et dissoutes avec fracas, quelque temps après?
Au
bout du compte, l’obsession est omniprésente : avant de se marier, on
fantasme beaucoup, on idéalise l’homme avec qui on a prévu de s’unir;
mais pendant le mariage, les regrets viennent hanter les esprits, les
premières fourberies apparaissent.
Finalement,
je me dis que le mariage est devenu la raison de vivre de beaucoup de
jeunes filles, l’unique but de leur existence. Il ne sert à rien de se
précipiter dans les bras du premier venu, car ce n’est pas en faisant
comme les autres, en s’enfermant dans un mimétisme insensé que le
bonheur frappera à notre porte. Think about it girls!!!
Beye De Base